Vendredi 8 mai 2009 5 08 /05 /2009 01:02
L’Afrique subsaharienne présente le bilan le plus critique avec des prix du riz qui ont fortement grimpé au cours des douze derniers mois dans l’ensemble des pays examinés.
Un constat qui se vérifie également dans 89 % de ces mêmes pays en ce qui concerne le maïs, le mil et le sorgho.
Mais d’autres régions du globe éprouvent des difficultés similaires. Ainsi, le riz est problématique en Asie alors que ce sont le maïs et le blé qui posent problème en Amérique centrale et du Sud.

Autre point soulevé par la FAO, on s’attend à un ralentissement des importations céréalières au cours de la période 2008-2009.
En effet, la facture des importations céréalières 2008/2009 pour les pays à faible revenu et à déficit vivrier (PFRDV) devrait atteindre 28 milliards de dollars, enregistrant une baisse de 27 % en record absolu par rapport à la campagne précédente.
Or, ce ralentissement des importations commerciales n’a rien de réjouissant et contribue à maintenir des prix alimentaires élevés dans les pays vulnérables.

A l’heure actuelle, on estime que des urgences alimentaires persistent dans 32 pays à travers le monde. L’insécurité alimentaire sévit ainsi dans certaines parties d’Asie, notamment en Afghanistan, au Sri Lanka et au Myanmar.
En République démocratique populaire de Corée, où l’insécurité alimentaire est qualifiée de « chronique », les rations alimentaires auraient été diminuées de moitié suite à la réduction des approvisionnements.
En Afrique de l’Est, plus de 17 millions de personnes sont victimes d’insécurité alimentaire due aux mauvaises récoltes et aux conflits. On estime à 3,2 millions la part de somaliens ayant besoin d’une aide alimentaire.
De même, les prix élevés, le ralentissement des importations et la demande soutenue de ces mois de faim influent sur la sécurité alimentaire de quelque 8,7 millions d’habitants d’Afrique australe. Sur ce chiffre, 5 millions de personnes sont établies au Zimbabwe, pays durement éprouvé par des épidémies de choléra.
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Jeudi 7 mai 2009 4 07 /05 /2009 01:00

Si la situation mondiale des disponibilités céréalières s’est améliorée et que les cours mondiaux des denrées alimentaires ont enregistré un fort recul, les prix alimentaires n’en restent pas moins élevés dans les pays en développement.
Or, comme le mentionne la FAO (1) dans son dernier rapport « Perspectives de récoltes et situation alimentaire », le maintien de cette tendance aggrave le bilan actuel des personnes souffrant de la faim et de la sous-alimentation, estimé à 963 millions en décembre 2008<.

La faute n’en revient pourtant pas à la production céréalière mondiale.
Selon les estimations de la FAO, malgré une baisse de 3 % par rapport au record observé en 2008, la production céréalière 2009 devrait néanmoins s’imposer comme le deuxième meilleur résultat jamais enregistré.
S’appliquant au blé, cette baisse serait due à une forte réduction des superficies ensemencées dans les pays développés, elle-même générée par le déclin des cours internationaux.
Du côté des pays en développement, on attend pour 2009 une production céréalière « proche du bon niveau de l’an dernier ».

Malheureusement, ces récoltes plus que satisfaisantes n’ont pas rendu les denrées alimentaires plus accessibles aux pays à l’économie fragile.
D’après la FAO, les prix restent généralement très élevés dans les pays en développement, et, dans certains cas, à des niveaux sans précédent.
Dépendants du marché pour l’accès à la nourriture, les citadins pauvres et les petits agriculteurs sont les principaux touchés.
Les ménages fragiles sont, en outre, privés des envois de fonds étrangers en raison de la récession mondiale, ces derniers jouant pourtant un rôle déterminant pour préserver les niveaux de consommation alimentaire.


Cécile Cassier - Univers Nature
1- Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture.

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Mercredi 6 mai 2009 3 06 /05 /2009 01:00
La nature substituable ?
Pour certains spécialistes des relations nature-société, comme Raphaël Larrère, cette question de la valeur monétaire de la biodiversité aurait pourtant dû être dépassée et nombre d’économistes ne croient plus à cette évaluation contingente, qui est loin d’être nouvelle.
Déjà à Rio, en 1992, lors de la conférence sur la diversité biologique, le problème de la juste répartition des bénéfices économiques de la biodiversité avait été porté au débat, et depuis cette question n’a soulevé qu’incertitudes.
Car, pour Raphaël Larrère, « penser que la diversité biologique a une valeur économique revient à considérer que la disparition d’éléments de nature en un lieu donné peut être substituable en un autre lieu ».
En basculant sur des valeurs instrumentales comme la monnaie, la valeur intrinsèque du vivant, sa valeur en soi, s’évanouit.
Mais la disparition d’une population, animale ou végétale, sur un territoire donné est purement et simplement irréversible, pourrait-elle être remplacée et par quoi ?
Si les auteurs du rapport restent éminemment prudents, notamment en précisant que fixer une valeur monétaire à la biodiversité ne conduit pas forcément vers la marchandisation mais plutôt vers une internalisation des coûts, il n’en reste pas moins que ce travail établit clairement l’orientation de nos rapports actuels et à venir avec la nature.
Avec ce document, le 'centre d’analyse stratégique' du gouvernement espère répondre aux enjeux contemporains de la biodiversité, le premier étant « un changement de notre perception ». « Il est crucial de resituer la biodiversité sous l’angle de son omniprésence comme fondement de la vie et de ses multiples interactions avec les sociétés humaines » lira-t-on dans ce document.
Pour ce faire, on privilégie l’argument monétaire, est-ce aller au plus simple et vers le plus effectif, ou définitivement désenchanter le monde et nier pour la société toute capacité d’éthique ou de morale ?

Elisabeth Leciak - Univers Nature
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Mardi 5 mai 2009 2 05 /05 /2009 01:00
Quelles références et à quoi ?

La biodiversité est un objet complexe et multidimensionnel.
Sous un même vocable se voient signifier à la fois la multitude des êtres vivants, la diversité des espèces, la diversité génétique et la diversité des écosystèmes, sans oublier la diversité fonctionnelle, c’est-à-dire, la variété et la variabilité des processus naturels.
A la différence du problème climatique, pour lequel il est possible de disposer d’un médiateur simple entre activités humaines et impact environnemental, par la mesure des émissions de gaz à effet de serre, les liens entre sociétés humaines et biodiversité se tissent par une série de facteurs beaucoup plus difficiles à cerner, reconnaît Bernard Chevassus-au-Louis.
Entre destruction des habitats, pollutions, introductions d’espèces, etc., nos impacts sur la biodiversité sont multiples et parfois diffus, et il n’existe pas « d’étalon » pour les mesurer.
La biodiversité, elle-même, reste un concept. Si dans les termes, elle fait de l’idée de nature une notion manipulable par la technocratie, tous les indicateurs de biodiversité sont encore aujourd’hui des objets de recherche.
Mais qu’importent, apparemment, les questions théoriques, voir éthiques, le vivant doit être chiffré d’une manière ou d’une autre pour qu’il trouve son inscription sociétale. La commission scientifique en charge du rapport a ouvert la porte pour que la nature ait une valeur économique.
Pour ce faire, deux sous-ensembles ont été déterminés, une biodiversité dite « remarquable », celle des espèces patrimoniales ou des habitats rares, et une biodiversité « ordinaire ».
La biodiversité ordinaire est évaluée en fonction de valeurs d’usage, d’après les prix observés sur les marchés (s’ils existent), et les prix révélés par les services rendus par les écosystèmes.
En effet, il est possible de les chiffrer. Ainsi, par exemple, une forêt tempérée cumule en termes de services : une valeur en production de bois, une valeur en fixation et en stockage du carbone, une valeur dans sa contribution à la qualité de l’eau, une valeur pour la chasse (dépenses des chasseurs pour mener leur activité) et une valeur récréative.
Au total, une forêt « vaut » entre 500 et 2 000 € par hectare et par an. Pour le cas des prairies utilisées de manières extensives, le rapport cite une valeur minimale de l’ordre de 600 € par hectare et par an. Mais certains services n’ont pas pu être comptabilisés, ainsi aucune donnée n'est encore disponible pour valoriser les fonctions de la forêt dans la régulation des rivières ou encore pour estimer le bénéfice des écosystèmes sur la santé.
Alors, Bernard Chevassus-au-Louis qui dirigea l’étude, s’excuse presque du « caractère effroyablement réducteur » de ce travail qui pour « passer de la biodiversité, au sens le plus large du terme, aux services monétarisables » a dû s’appuyer sur toute une série d’hypothèses.
Mais l’ancien président du Muséum semble s’en satisfaire, « nous savons que ça vaut au moins ça ! » conclut-il.
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Lundi 4 mai 2009 1 04 /05 /2009 01:00

Vivons-nous vraiment dans une société où ce qui n’a pas de prix n’a pas d’existence ?

Il le semblerait, du moins dans les hautes sphères.

Le ministre de l’écologie, Jean-Louis Borloo a présenté lors d’une réunion de travail les résultats d’un rapport dirigé par Bernard Chevassus-au-Louis, ancien directeur du Muséum d’Histoire Naturelle, sur « l’approche économique de la biodiversité et des services liés aux écosystèmes ».
Pour le ministre, la biodiversité est très certainement « la plus essentielle mais aussi la moins aboutie de nos préoccupations » et, absente des débats, loin derrière le changement climatique, elle fait figure de parent pauvre dans les discussions internationales.

Pourtant, le ministre se dit « plus inquiet sur la biodiversité que sur le climat ». 

D’après Jean-Louis Borloo, nous n’avons pas encore « intégré le coût de l’inaction », et à l’instar de la prise de conscience qui s’est faite pour le changement climatique, c’est l’établissement d’une valeur économique qui pourrait permettre de clarifier les enjeux de la biodiversité et de les populariser.

 Pour Sébastien Genest, président de FNE qui, comme d’autres représentants des associations de protection de la nature, participait à la réunion, « si nous ne donnons pas un prix à la biodiversité, nous n’avancerons pas », et dans le contexte actuel de double crise, économique et écologique, « les solutions d’avenir passeront par la valeur du vivant ».

Les protecteurs et gestionnaires de la nature en sont eux-mêmes venus à accepter que « la cité marchande est la cité dominante » nous dira Raphaël Larrère, directeur de recherche à l’Inra. Il semblerait que les environnementalistes ont dans l’idée que tant qu’ils ne justifieront pas la protection de la biodiversité dans le langage de l’économie, rien ne sera fait.

Voilà donc la démarche engagée. Le rapport présenté hier représente le point de départ à l’établissement de références économiques pour les milieux naturels.


Elisabeth Leciak - Univers nature
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