Filière bois : le nouvel « atout » croissance de Nicolas Sarkozy
Nicolas Sarkozy a pris des engagements internationaux en matière énergétique et semble avoir l’intention de les tenir.
Lors d’un discours s’adressant à toute la filière bois, le 19 mai à Urmatt dans le Bas-Rhin, le Président de la République a affirmé ses positions sur la forêt française.
Derrière le célèbre slogan « la France n’a pas de pétrole » et en référence au « paquet énergie-climat », le bois-énergie est effectivement une question stratégique. Des 23 % de consommation à fournir par les énergies renouvelables d’ici 10 ans, un tiers de l’effort repose sur la filière forestière, qui devra apporter l’équivalent, d’après Nicolas Sarkozy, de 6 centrales nucléaires. Poursuivant ce parallèle, le Président évoque que « si à l’époque, le général de Gaulle ne s’était pas occupé du nucléaire, ce n’est pas le marché qui l’aurait fait ». Cela dit, personne n’est obligé de penser que ceci ait représenté un véritable progrès pour l’humanité, mais pour Nicolas Sarkozy l’argument fait son poids.
L’Etat français semble donc déterminer à faire bouger les choses. Le Président de la République, y allant de son « ça ne peut pas continuer comme ça », cherche à convaincre en alignant chiffres, déficit et désorganisation, et présente la filière bois comme un véritable atout pour la croissance de la France. La forêt française est la 3e plus vaste d’Europe et reste « considérablement sous-exploitée ». Notamment, le Président annonce un déficit commercial de 6 milliards d’euros en 2008, pour l’industrie du bois. Deuxième poste déficitaire de la balance commerciale du pays, après l’énergie, le chef de l’Etat remarque que paradoxalement seulement 60 % de l’accroissement naturel des forêts est prélevé. Il resterait donc 40 % à exploiter, sans même toucher au patrimoine. Pour répondre au défi énergétique qu’a lancé le gouvernement, ce sont ainsi « 21 millions de m3 de bois supplémentaires qui sont à sortir des forêts d’ici 2020 ».
Alors plus concrètement, comment le gouvernement a-t-il l’intention de s’y prendre pour motiver les investissements, le travail et l’organisation de la filière ?
Alors plus concrètement, comment le gouvernement a-t-il l’intention de s’y prendre pour motiver les investissements, le travail et l’organisation de la filière ?
Certaines pistes sont déjà évoquées dans le discours de mardi : un fond stratégique d’investissement de 100 millions d’euros pour les acteurs de la filière, le soutien par des mécanismes financiers de la construction bois (valorisation du stockage du carbone dans les produits bois par exemple), la promotion de l’isolation thermique par le bois dans le bâtiment, l’encouragement des investisseurs vers les infrastructures de production d’énergie par cogénération. Et une autre mesure qui mérite quelques mots. La forêt française est pour 70 % gérée par des propriétaires privés, au nombre, d’après le gouvernement, de 3,5 millions de personnes. Pour motiver ces gestionnaires éparpillés, l’Etat propose de jouer sur la fiscalité. A l’heure actuelle, un propriétaire, qu’il exploite ou non sa forêt, bénéficie d’une exonération fiscale. Une situation qui devrait vraisemblablement évoluer puisque le Président propose que l’ensemble des aides publiques et autres exonérations soit à l’avenir conditionné à l’exploitation effective de la forêt. La situation risque de ne pas être évidente pour tout le monde… les forêts de hêtres qui s’accrochent aux versants dans les vallées du massif central ou encore les chênes verts conquérant des pâturages escarpés de la Provence n’étaient très certainement pas abandonnés à la vie sauvage par hasard.
Elisabeth Leciak (Univers Nature)
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