La biodiversité se mesure-t-elle en euros ? (2)

Publié le par FESA

Quelles références et à quoi ?

La biodiversité est un objet complexe et multidimensionnel.
Sous un même vocable se voient signifier à la fois la multitude des êtres vivants, la diversité des espèces, la diversité génétique et la diversité des écosystèmes, sans oublier la diversité fonctionnelle, c’est-à-dire, la variété et la variabilité des processus naturels.
A la différence du problème climatique, pour lequel il est possible de disposer d’un médiateur simple entre activités humaines et impact environnemental, par la mesure des émissions de gaz à effet de serre, les liens entre sociétés humaines et biodiversité se tissent par une série de facteurs beaucoup plus difficiles à cerner, reconnaît Bernard Chevassus-au-Louis.
Entre destruction des habitats, pollutions, introductions d’espèces, etc., nos impacts sur la biodiversité sont multiples et parfois diffus, et il n’existe pas « d’étalon » pour les mesurer.
La biodiversité, elle-même, reste un concept. Si dans les termes, elle fait de l’idée de nature une notion manipulable par la technocratie, tous les indicateurs de biodiversité sont encore aujourd’hui des objets de recherche.
Mais qu’importent, apparemment, les questions théoriques, voir éthiques, le vivant doit être chiffré d’une manière ou d’une autre pour qu’il trouve son inscription sociétale. La commission scientifique en charge du rapport a ouvert la porte pour que la nature ait une valeur économique.
Pour ce faire, deux sous-ensembles ont été déterminés, une biodiversité dite « remarquable », celle des espèces patrimoniales ou des habitats rares, et une biodiversité « ordinaire ».
La biodiversité ordinaire est évaluée en fonction de valeurs d’usage, d’après les prix observés sur les marchés (s’ils existent), et les prix révélés par les services rendus par les écosystèmes.
En effet, il est possible de les chiffrer. Ainsi, par exemple, une forêt tempérée cumule en termes de services : une valeur en production de bois, une valeur en fixation et en stockage du carbone, une valeur dans sa contribution à la qualité de l’eau, une valeur pour la chasse (dépenses des chasseurs pour mener leur activité) et une valeur récréative.
Au total, une forêt « vaut » entre 500 et 2 000 € par hectare et par an. Pour le cas des prairies utilisées de manières extensives, le rapport cite une valeur minimale de l’ordre de 600 € par hectare et par an. Mais certains services n’ont pas pu être comptabilisés, ainsi aucune donnée n'est encore disponible pour valoriser les fonctions de la forêt dans la régulation des rivières ou encore pour estimer le bénéfice des écosystèmes sur la santé.
Alors, Bernard Chevassus-au-Louis qui dirigea l’étude, s’excuse presque du « caractère effroyablement réducteur » de ce travail qui pour « passer de la biodiversité, au sens le plus large du terme, aux services monétarisables » a dû s’appuyer sur toute une série d’hypothèses.
Mais l’ancien président du Muséum semble s’en satisfaire, « nous savons que ça vaut au moins ça ! » conclut-il.
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