Eaux souterraines: une ressource «invisible» à partager (2)
Pourquoi sont-elles sources de tensions grandissantes?
Daniel ZIMMER
Le développement des technologies de pompage décentralisé, dans les années 80, s’est accompagné d’une explosion des pompes électriques chez de nombreux petits agriculteurs, dans de nombreux pays en développement souvent avec la bénédiction de l’Etat, comme en Inde et au Mexique, mais sans véritable politique de gestion associée.
Depuis 20 ans, la croissance démographique a entraîné une hausse des prélèvements.
Or, le taux de renouvellement des réserves aquifères, variable selon les zones, est souvent mal connu. Certains aquifères situés à plus de 1.000 mètres de profondeur sont très peu réalimentés. D’où un risque de surexploitation, et de pénurie en cas de sécheresse.
La pollution représente un autre problème.
Elle est surtout engendrée par le rejet des eaux usées à la périphérie des villes, par les engrais agricoles, la salinisation due à des irrigations mal contrôlées (le taux de salinité naturel de l’eau est souvent au moins de 1 gramme par litre), la nature des sols ou le pompage en zone côtière.
Quels problèmes spécifiques posent les aquifères transfrontaliers?
On connaît depuis longtemps les enjeux géostratégiques liés aux eaux de surface transfrontalières.
Mais les eaux souterraines, par définition, ne sont pas visibles.
Toute pollution ou tentative de surexploitation par un pays voisin n’est donc pas immédiatement détectable.
Néanmoins, contrairement à ce qui se passe pour les eaux de surface, il n’y a pas pour les aquifères d’asymétrie entre les pays de l’amont –cherchant à contrôler la ressource- et ceux de l’aval.
Cela devrait favoriser la coopération entre pays.
En 30 ans, des évolutions ont d’ailleurs eu lieu.
Un des premiers systèmes de gestion concertée a été mis en place dans les années 90 pour l’aquifère des Grès nubiens en Afrique du Nord- l’un des plus grands au monde- entre l’Egypte, la Lybie, le Soudan et le Tchad.