Dix questions sur l’agriculture biologique (3)
Ceci est logiquement une réalité, en tout cas en ce qui concerne les pesticides chimiques non autorisés en agriculture biologique.
La question est de savoir quel est l’effet sur la santé humaine.
Les Grecs anciens avaient déjà énoncé l’idée que tout, y compris ce qui est avéré comme bénéfique pour nous, est toxique si on dépasse une certaine dose.
À l’inverse, des doses très faibles de substances toxiques n’ont pas d’effets néfastes sur l’organisme qui a des mécanismes puissants de détoxification.
Nous mangeons quotidiennement de telles substances, ne serait-ce qu’en mangeant des pommes de terre qui contiennent de faibles quantités de toxines mortelles, les solanines.
Dans son rapport annuel publié le 9 juillet 2009, l’AESA (Agence Européenne de Sécurité des Aliments) indique que les limites autorisées de produits phytosanitaires sont dépassées dans 4 % des échantillons de fruits, légumes et céréales testés.
Ceci ne signifie pas que les risques sont élevés, car la marge de sécurité est plantureuse.
La situation n’est donc pas catastrophique dans l’UE, mais surtout elle s’améliore.
Un rapport commun de l’Académie d’agriculture et de l’Académie de médecine conclut que les risques liés aux pesticides pour la santé sont globalement surestimés et que leurs avantages sont sous-estimés (les pesticides permettent en effet des productions de nourriture nettement plus élevées contenant souvent moins de toxines diverses).
La quantité de pesticides utilisés en France est passée de 120 500 tonnes par an à 71 600 entre 1999 et 2006, ce qui ne peut être attribué à l’agriculture biologique.
Le nombre de substances pesticides utilisées dans l’UE était il y a quelques années de 984 dont 611 ont été interdites avec pour objectif de n’en conserver que 250 en 2010.
Parmi les 53 substances préoccupantes, 30 devaient être éliminées en 2008. Dans les pays de l’UE, un pesticide n’est accepté que s’il est dégradé à un taux de 90 % au moins en un an.
Le programme REACH de l’UE ne peut que contribuer à la diminution de ces risques. Le gouvernement français s’est par ailleurs donné comme objectif de réduire de 50 % l’utilisation des pesticides avant 2018.
Certaines substances chimiques acceptées en agriculture biologique comme le sulfate de cuivre (le composé de la bouillie bordelaise) et le soufre sont loin d’être inoffensives.
Les pesticides naturels présents dans certaines plantes comme les pyrèthres et la roténone ne sont pas forcément moins toxiques que les substances obtenues par synthèse chimique, qui sont par ailleurs plus strictement surveillées.
La roténone a été interdite sur la base de travaux démontrant son effet neurodégénératif (susceptible de déclencher la maladie de Parkinson notamment).
Le choix des pesticides en agriculture doit donc reposer sur des évaluations objectives de leurs avantages et leurs inconvénients et non sur leur origine.
Une question qui n’a pas reçu de réponse est celle de savoir s’il est possible de se procurer des quantités massives de pesticides naturels sans devoir y consacrer des surfaces arables importantes au détriment des cultures vivrières.
Les agriculteurs sont parfois exposés à des concentrations dangereuses de pesticides.
Certains d’entre eux, non prévenus des risques, ont payé le prix de cette négligence. Dans leur rapport, les académiciens, comme diverses commissions de biosécurité, recommandent vivement aux agriculteurs de se protéger, comme cela est le cas pour bon nombre d’autres activités humaines.